Le Journal de Julien Binz, Chef de Cuisine.

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MasterChef, Un dîner presque parfait and Cie…par Daniel Zenner

Une Chronique de Daniel Zenner


" La cuisine, plus que jamais, a le vent en poupe. Les cuisiniers sont enfin sortis de leurs antres, autrefois installés dans les caves sombres ou les sous-sols croupis. Ils ont enfin osé écrire, réaliser des émissions radios ou télévisées, se montrer en plein jour aux côtés des plus puissants du monde. Certains sont à la tête de véritables multinationales.

De Raymond Oliver en passant par Maité et Jamie Oliver, Paul Bocuse, Joël Robuchon, Marc Veyrat et bien d’autres, ils communiquent aujourd’hui sur leur passion : la cuisine ! Les stars s’y mettent aussi. Depardieu et les autres ont écrit des livres de recettes : le sujet plait et est compris de la majorité des lecteurs. Les éditeurs ne prennent plus de risque à publier aujourd’hui le livre de cuisine d’un inconnu - même compétent- car ils sont aujourd’hui submergés par les demandes, chacun veut faire son livre et il y a à boire et à manger !


MasterChef, Un dîner presque parfait and Cie…par Daniel Zenner
Depuis une trentaine d’années, le métier de cuisinier a bien changé. Ce ne sont plus que les cancres qui entrent en apprentissage "tu auras toujours un lit et une assiette pleine… " Vétéran au collège (j’ai redoublé la 5ème et la 4ème) la conseillère d’orientation ne m’a pas laissé le choix : la voie vers le métier de cuisinier était tracée. Fort de deux années passées à servir mes patrons 14 heures par jour, à produire frites molles et à être corvéable à merci, j’ai "appris le métier et suis devenu un homme… ". Mes négriers payent aujourd’hui le prix de leurs actions, et à cause d’eux, le métier a une mauvaise réputation ; les jeunes préfèrent s’engager dans d’autres filières moins contraignantes.

Mais les temps ont bien changé. Les conditions de travail ont considérablement évolué. Les horaires, les lieux et outils de travail sont propres, spacieux, presque confortables. Les techniques et matériaux ont fait un bond en avant. Des cohortes de produits arrivent fraiches, il n’y a que l’embarras du choix sur les marchés. De métier ingrat et de labeur, le cuisinier est devenu artiste, jouant de rhétorique gastronomique et de ses couteaux céramiques dernière mode sur les plateaux télés.

Oui, la bise souffle bien dans les tabliers de cuisine des "stars culinaires".

Les grandes chaînes privées se disputent aujourd’hui des émissions grand public, grand budget pour porter aux nues des amateurs de cuisine. Sous les feux de la rampe, les candidats tombent dans les abîmes salés des éliminatoires ou escaladent les montagnes sacrées et sucrées des premières places.

MasterChef, Un dîner presque parfait and Cie…par Daniel Zenner
Les grandes chaines de télévision publiques ne vivent pas de culture. Il faut de l’extrême, de l’action, du sentiment, de la violence, du sexe, du rêve américain. Les candidats des émissions gastronomiques sont aussi choisis en fonction de leurs beaux minois : ils représentent aussi celui qu’on pourrait être. Certains producteurs montent des candidats au sommet d’une grue pour réaliser un carpaccio, ou sauter des crêpes dans une nacelle de ballon à air chaud : il faut du sensationnel, des déchirures et des coups de gueule : faire craquer des candidats pour passer sur l’écran la détresse du cuisinier en herbe qui, effondré et pleurnichant, se jure qu’on ne l’y prendra plus.

Les meilleurs – entendez les plus performants pour ce que la télé leur demande- se retrouvent propulsés en quelques semaines au sommet de la gloire, pris en flagrant délire de « starisation », phénomène social cautionné par les plus grands chefs. Jusque là, tout va bien, chacun est à sa place, fait son p’tit business. Les participants sont sous contrat de confidentialité et les émissions se succèdent.
On mouline à tour de bras, on déstructure les plats et les candidats, on vend à vidéo gag les plus belles recettes, et on oublie les milliers d’heures de rush tournés, car aucune scène ou image, n’est choisie par hasard.

Fort de leur succès médiatique, nos amateurs entament des tournées nationales, écrivent des livres de recettes, ouvrent des ateliers de cuisine à Paris, deviennent chef de cuisine à domicile, formateur et consultant culinaire en Arabie Saoudite ou à Java.

MasterChef, Un dîner presque parfait and Cie…par Daniel Zenner
Je fréquente dans mon métier ces stars d’un jour. Certains sont attachants, gardent les pieds sur terre. D’autres, tel le poisson-lune se gonflent la tête : la mégalomanie n’est pas loin. Ils abandonnent pour la plupart leur ancien gagne-pain, devenu obsolète. Grâce au concours, ils sont persuadés de maitriser toutes les facettes du métier de cuisinier. Pourtant, très peu ouvrent un restaurant, car ça, c’est un autre métier !

Je ne peux ici vous raconter ce que je vois depuis plusieurs années sur les espaces de démonstrations culinaires, pardon les "Cook show" pour les branchés. Je me suis enfui un jour de mon poste d’animateur quand j’ai vu un gagnant offrir à son public de jeunes filles hystériques, un foie gras fondu sur une purée de banane oxydée. J’ai vu un lauréat vouloir réaliser en 40 minutes un Saint Honoré. Attention, le vrai ! Celui avec les p’tits choux "fait maison" devant le public, farci avec une crème pâtissière parfumée à la-plus-belle-des-meilleures-vanilles-du-monde ! Et que je te fasse un cour magistral sur le fraisage d’une pâte brisée ! Et qu’au lieu de démarrer la pâte à choux (ratée après le temps imparti) je discute et je pavane… J’attends toujours le Saint Honoré.

Un autre amateur qui a affirmé au micro "que le métier de cuisinier est un métier de fainéant car c’est le produit qui fait tout ! ". Viens donc au service, mon gars, juste une journée par un jour de grande affluence ! Tu verras qu’il faut retrousser ses manches, ne compter ni son temps, ni son courage et qu’il faut une somme importante de connaissance, de dextérité et de sensibilité pour porter le titre de cuisinier. Je te rappelle, ami amateur, que tu as mis 12 minutes à réaliser ton assiette. Elle était belle, mais le client l’aurait mangée froide. De toute façon, la serveuse n’aurait jamais pu transporter ton œuvre car elle défiait toutes les lois de l’apesanteur…

Souvent, sur certains plateaux, les assistants délégués comme commis, courent dans tous les sens à la recherche de l’instrument ou des ingrédients oubliés. Quelquefois, ces derniers, souvent élèves de lycées hôteliers, sauvent la mise au cuisinier amateur paniqué, car ces derniers n’ont pas appris l’organisation, tant dans le déroulement de la recette que sur l’espace de travail.

Je passe outre les connaissances techniques inhérentes au métier de cuisinier, qu’on ne peut acquérir - comme la rédaction d’un livre de recette -d’un clic sur Internet.

MasterChef, Un dîner presque parfait and Cie…par Daniel Zenner
Sur ces espaces de démonstrations culinaires, le public s’en fout de la recette. On ne parle pas cuisine. Les gens veulent approcher celui ou celle qu’ils ont invité dans leur salon via le petit écran, et vu gravir en souffrant, les échelons du succès. La personne "vue à la télé" fait partie de la famille et la recette présentée n’est en fait pas celle de la tarte aux pommes mais celle de la réussite médiatique. L’important, c’est d’être sur la photo.

Joël, Philippe, Sylvie, Jean-Christophe, Jean-Yves, Emile, Hubert, Jean-Georges, Christophe, Olivier, Clément, Pascal, Géraldine, Michel, Isabelle et tous les autres, mes amis cuisiniers, je pense à vous. Grâce à Comus, Dieu de la cuisine ! Venez à mon secours ! Ne me laissez plus seul sur un plateau avec les stars d’un jour ! Je vous mets au défi de réaliser en 40 minutes le plus beau Saint Honoré de votre carrière ! Et vous allez y arrivez, bougres de cuisiniers !

MasterChef, Un dîner presque parfait and Cie…par Daniel Zenner
J’arrête là mes médisances. J’ai rencontré dernièrement, toujours sur des espaces d’animation des "Masters Chefs" intéressants et passionnés. Certains étaient dépassés par l’agitation médiatique autour de leur nouvelle situation.

D’autres, heureux candidats des années passées, assumaient pleinement leur prestation : la pression était retombée depuis longtemps et la réalité a repris le dessus. Avec eux, je peux parler cuisine. Certains n’ont rien à envier à de bons professionnels.

Des concours de cuisine abondent dans chaque région, bravo ! On parle vraiment cuisine car ceux-ci n’ont pas les mêmes enjeux que les grands frères de TF1 ou M6. J’ai même rencontré des amateurs qui se professionnalisent pour rafler les concours…

Alors, ces émissions servent-elles la gastronomie et les métiers satellites ?

J’ai posé la question à un certains nombres de professionnels. Ceux-ci sont unanimes : l’agitation médiatique sert la profession car on en parle. La cuisine est devenue un jeu, un divertissement, un plaisir tendance. Les boutiques spécialisées fleurissent et il est de bon ton de parler chou vert et bavette d’aloyau en société.

Sur le marché du travail, ces dernières années ont connu un regain d’intérêt pour les métiers de bouche. Tant mieux, les apprentis se pressent à nouveau au portillon, même si la réalité n’est pas la même qu’à la télé ! Les épiceries fines renaissent, le retour aux bons produits et à l’économie locale est une réalité. Les consommateurs citadins se plaisent à rêver au souvenir d’une ruralité perdue : les marchés de producteurs s’installent au centre des grandes villes.

On parle de gastronomie, on a envie de passer un moment inoubliable dans une grande maison.
La haute cuisine est peut être en train de se démocratiser ! "


Par Daniel Zenner

Mercredi 16 Novembre 2011




1.Posté par Nicolas Fix le 18/11/2011 13:40

Daniel...une belle plume que tu nous livre là! J'ai pris plaisir a faire ta connaissance sur l'un des derniers salons que tu as animé. Un passionné, un amoureux de la "cuisine généreuse" (sic;-)) et j’espère avoir a nouveau l'occasion de te revoir, pour échanger plus longuement, hors contexte médiatique!
Je te rejoins sur bien des points, ces grands chefs médiatiques et autres amateurs de cuisine télévisuels, ont permis au métier, de ne plus être la voie de garage que tu cite a juste titre, celle des cancres dont on ne sais plus quoi faire et qui sont seuls a vouloir/pouvoir assurer ces heures interminables dans des conditions bien souvent lamentables et dégradantes.
J'ai comme toi souffert de cette mauvaise image de la profession lors de mon apprentissage, alors que j'avais au préalable choisis une voie plus générale en terme d'enseignements.
Je fais un métier passion, sans avoir côtoyer les plus grandes maisons cependant...mais mon amour de la cuisine me permet d'être "présent".
Bien a toi Daniel, et merci à Julien pour avoir permis cette "lettre ouverte".
Nicolas

2.Posté par jean-Pierre le 18/11/2011 14:10

Hello Daniel,

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ton article. Tu sais que je suis très admiratif du travail accompli par les vrais cuisiniers...A chaque fois que l'occasion m'est donnée, je m'approche d'eux pour apprécier leur savoir faire. Jamais j'essayerai de les imiter. Je préfère déguster les merveilles qu'ils préparent.

Continue à défendre la vraie cuisine c'est génial
A + Jean-Pierre

3.Posté par Nicolas RIEFFEL le 18/11/2011 16:18

Que dire Daniel, mise à part ce que nous avons pu discuter et voir ensemble. Venant du métier (sommellerie) je sais ce qu'est le travail d'un cuisinier.
Aujourd'hui se pose une question, une seule : est ce que ces émissions peuvent être profitables pour nos métiers dits de bouche: oui, et je le pense sincèrement. La finale de masterchef sur la 1 a connu un Pic de 7 000 000 de téléspectateurs. Plus qu'un match de foot ! Et tout ça dans les cuisines d'un Mof 3 étoiles.
A présent, il faut de tout, il y aura de tout. Tu m'a connu à la sortie de cette "subite" notoriété lors de mon premier "cook show" à Strasbourg, j'étais pétrifié. Les chefs me connaissaient d'avant pour la plupart mais m'ont fait comprendre que rien n'est acquis, et je ne peux que les soutenir et les encourager dans ce sens.
La cuisine est un Art ouvert à tous, il ne faut pas l'oublier.
Être dirigeant d'un restaurant est un métier.
Être cuisinier, une vocation.
Il y a de la place pour tous et si on peut "promouvoir" nos métiers via ce genre d'émission, faisons le, tout en étant respecté.
Maintenant, place à des concours pour la salle !!!!!!!!!
Merci en tout cas pour ta bonne humeur et surtout, tes précieux conseils !!!
@bientôt Daniel !

4.Posté par Jean-Christophe Karleskind le 18/11/2011 17:35

Mon ami Daniel,

Je ne ferais pas de commentaires tant tout a été dit.
Il fallait que l'article soit fait un jour et je suis content et très touché par le fait que ce soit toi qui l'a écrit.
Respectons ceux qui font ce métier avec leur coeur et leur tripe, par passion amour ou vocation qu'ils soient "amateurs" ou professionnels.

Il y a, au jour d'aujourd'hui, beaucoup d'autodidactes (pas si loin de chez nous) qui on réussi dans ce métier de cuisinier parce qu'ils ont su rester humble et à l'écoute des confrères plus expérimentés.
C'est encore et ce sera toujours le client qui franchi la porte du restaurant qui restera le seul juge.
Moi aussi j'en connais des mythomanes dans ce métier, mais ils se retrouvent assez vite seuls ......

Le défi est lancé, quand tu veux pour le "vrai" Saint Honoré en 40 mn...

Bises à toi

5.Posté par Cedric Laxenaire le 18/11/2011 18:44

Cher Daniel,

J'ai eu grand plaisir à vous rencontrer sur le salon Festi Festion , comme animateur et aussi comme passionné de cuisine !
J'ai pu lire là un article bien tourné et terriblement objectif, vous soulevez là un probléme recurant , celui de rester crédible à la sortie de telles émissions ( aux yeux des pros !! ). Celui qui ne travaille pas d'arrache pied à sa sortie est et restera un cuisinier de foire !! Un Cook showman !! La réalité des cuisines est bien loin des strass et des paillettes ! A moins d'être un chef du star systéme ( dedicace au chef Anton, inconnu par 90 % des profanes avant la diffusion de MC )
Ceci j'espéres être rangé dans la bonne catégorie !!!
A bientôt!!

6.Posté par Nicolas JEAN le 19/11/2011 16:57

Merci Daniel et Julien pour votre courage d'aller à contre-courant ...
Ayant partagé cette expérience avec Daniel, je ne peux dire que D'ACCORD !
Au plaisir de te retrouver lors de nouvelles expériences culianires, et ton nouveau bouquin est top !
Nicolas

7.Posté par Julien Binz le 19/11/2011 17:11

Merci à tous pour vos contributions : amateurs et professionnels vivent la même passion de la cuisine, qui rassemble de belles valeurs, compétences et savoir-faire à transmettre et à partager, avec humilité et générosité...

8.Posté par Bernard Ueberschlag le 20/11/2011 09:05

Merci Daniel de remettre les choses en ordre. Si, certes, quelques uns profitent de cette média-promotion, d'autres et j'en suis ont une réelle volonté d'accomplir une véritable passion. A 15 ans, j'ai du faire le choix entre 2 métiers, j'ai choisi l'ébénisterie, j'aurais pu aller vers la cuisine, il en a été ainsi. Aufourd'hui, apès 30 ans de bois, il est encore temps de réaliser ce rève, efin je l'espère.
A 45 ans, certains changent de vie, de femme, moi je souhaite changer de métier.
Au plaisir de vous revoir ou de vous lire...(pour mémoire : à Festi-festin, le rouget et la tarte au citron vert)

9.Posté par Julien Binz le 21/11/2011 09:38

On apprécie les interviews d'Elisabeth .. voir vidéo de StrasbTV et sur Alsace20

10.Posté par Nicolas Fix le 21/11/2011 12:35

...et une vidéo du Masterdiner de Didenheim, filmé par LapinTv(Télé mulhousienne) ;-)
http://www.youtube.com/watch?v=2ya7_FvxBqI

11.Posté par Julien Binz le 21/11/2011 13:17

Mais qui est lapin TV ?

12.Posté par Nicolas RIEFFEL le 21/11/2011 13:43

Julien > encore une folie de ce bon vieux Fix !!! ;)

13.Posté par felder le 27/11/2011 02:17

c'est une mode,ou est la star ac?
attention de ne pas tirer des conclusions trop hatives..
D'ailleurs commenter,c'est aussi un peu,avouer qu'on aimerait en faire parti...
n'est ce pas Daniel...

14.Posté par persel le 27/11/2011 02:19

c'est une mode,ou est la star ac?
attention de ne pas tirer des conclusions trop hatives..
D'ailleurs commenter,c'est aussi un peu,avouer qu'on aimerait en faire parti...
n'est ce pas Daniel...

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