Jean-Louis de Valmigère : la nécessaire éthique alimentaire


Jean-Louis de Valmigère, ancien propriétaire des Winstub Chez Yvonne et Zuem STRISSEL à Strasbourg se penche sur les questions fondamentales de l'éthique alimentaire, organisant par le biais de l'IEEA (l’institut européen d’éthique alimentaire) des colloques et conférences pour interpeler l'opinion publique sur les enjeux de demain et de savoir comment chaque maillon de la chaine alimentaire devrait agir pour s'assurer un avenir au bien produire, bien manger et être juste. Propos recueillis par Jean-Michel Truchelut.


Jean-Louis de Valmigère : la nécessaire éthique alimentaire
Le début de la carrière de Jean Louis de Valmigère commence par des études littéraires pour ensuite converger vers l’ (ex) IECS (EM Strasbourg d’aujourd’hui). Diplômes en poche, il fait ses premiers pas dans la distribution puis dans la restauration. En 1987, c’est en tant que consultant auprès de l’entreprise "Léon" qu’il donne toute sa mesure. Sous son égide l’enseigne devient "Léon de Bruxelles" avec le succès que l’on sait. Devenu un personnage incontournable de la gastronomie strasbourgeoise, il se fait notamment connaître pour exploiter, entre autre, deux restaurants déjà fort célèbres : "chez YVONNE" et le non moins fameux "Zuem STRISSEL".

La retraite est le moment de la réflexion. On retrouve Jean-Louis de Valmigère à l’origine de l’IEEA (l’institut européen d’éthique alimentaire), démarche qu’il inscrit délibérément dans une approche universitaire. Dans ce cadre, de nombreux projets se réalisent et d’autres sont en gestation. Jean Louis De VALMIGERE prépare assidument un colloque pour mars ou avril prochain : un forum "type libé(ration)" qui se déroulera sur deux jours. Des intervenants prestigieux sont d’ores et déjà pressentis : Nicolas HULOT et Pierre RHABI. Soit la manifestation concrète de la nécessité de réintroduire de l’éthique dans l’alimentation.

Genèse de l’intérêt pour l’éthique alimentaire

La dimension intellectuelle de l’alimentation est le socle de ses premières réflexions. Et notamment pour ce qui concerne la restauration; "Une dimension qui fait la beauté de tous les métiers", tient-il à préciser. A n’en pas douter l’alimentation fait partie intégrante de la culture, quelque soit le moment et l’endroit, où l’on se situe sur la planète. Ces cultures sont sous influences diverses : terroir, religion, climat, politique, mondialisation…Et Jean Louis De Valmigère tient à souligner "le travail remarquable engagé par l’IEHCA (Institut européen d’histoire et cultures de l’alimentation) de Tours". De nombreux travaux donc menés, par des universitaires (et parmi eux, les sociologues Claude FISCHLER et Jean Pierre POULAIN), soit un socle de connaissances qui incitent et invitent à aller plus en avant.

Bien manger, bien produire, être juste !

Cependant, l’alimentation dans nos pays dits avancés posent de réels problèmes. Notre rapport à l’alimentation s’est profondément modifié. Nos modèles alimentaires ont changé. L’émergence de l’industrie agroalimentaire en est un des vecteurs de ces mutations. Un acteur redoutable est apparu : la distribution. Avec des préoccupations quelque peu éloignées de celles premières du consommateur. Ce qui ne manque pas de poser des problèmes d’éthique.

"Le problème avec l’alimentation", aime formuler Jean-Louis de Valmigère avec conviction. "C’est qu’à la différence d’autres objets de consommation (chemise, voiture, ….) que l’on jette sitôt usagés, l’aliment est ingéré et devient partie constitutive intégrante de notre propre corps". Il y a donc des questions légitimes à se poser. La malnutrition pour certains, l’obésité pour d’autres et son corollaire avec le diabète, les maladies cardiovasculaires, les cancers, les allergies…Un commerce avec certains pays pas toujours juste et/ou équitable (Prix correct aux producteurs, cultures imposées qui privent les locaux de nourritures vivrières,…). Il arrive que des préoccupations mercantiles et commerciales aient pris délibérément le pas sur des problèmes de qualité de l’alimentation".
Jean-Louis de Valmigère : la nécessaire éthique alimentaire

Pourquoi s’en préoccuper ? Un problème de transmission ?

"Cette prise de conscience passe par l’éducation", souligne Jean-Louis de Valmigère. "L’enseignement de l’alimentation pose le problème de sa transmission. D’abord, la relation parent/enfant, dans sa relation à la nourriture, n’opère plus sur le même modèle que les générations précédentes. Manger relevait de l’évidence sans que l’on se pose beaucoup de questions. L’éducation se faisait "naturellement", "on ne nous disait pas : il fallait manger 5 fruits et légumes", "pas trop de sucre…. C’était naturel". "On ne buvait pas du coca, on buvait de l’eau". Cette transmission est aussi devenue aujourd’hui (presque) totalement absente au niveau de l’école."

Une prise en compte tardive

Pour Jean Louis De VALMIGERE, le débat sur l’éthique alimentaire a été confisqué par le discours écologique. Que l’écologie s’en soit préoccupé lui semble tout à fait légitime. Mais le mouvement écologique s’est politisé, sous le mode parfois polémique. Ce qui aurait du être une controverse de société est devenu par trop politicien à ses yeux. "Ce qui n’exclut pas qu’il y ait des écologistes loin de préoccupations partisanes", énonce-t-il. Non que les écologistes soient malhonnêtes mais la discussion a été confisquée, et aurait dû être d’abord un débat de société. On a donc assisté à une opposition de différents lobbies : agricole, écologique et politique, agroalimentaire, financier... D’où une relative stérilité, chacun défendant ardemment son pré carré. Celui qui s’impose est celui qui met le plus de moyens pécuniaires, ou d’une autre nature.

Un vrai débat, un projet de très grande envergure

Pour Jean Louis De VALMIGERE, "en éthique celui qui gagne  est celui qui a les meilleurs arguments". Or, force est de constater que les lobbyistes "font les lois" à Bruxelles. Où l’on peut noter l’influence de grandes sociétés (type Monsanto). Les politiques, pour certains à leur corps défendant, sont dans des problématiques lobbyistes. Puisque qu’il faut, pour se faire réélire, gérer des groupes de pressions.

L’observation l’a amené à penser que l’un des derniers mondes à ne pas être (encore) sous influence de lobbies est le monde universitaire. Quatre années de travail au sein de l’Institut Européen, comme délégué général de l’association organisatrice, le guident à faire admettre que sa vision des choses est juste. L’institut européen fonctionne, sans qu’il ait eu à subir quelque pression que ce soit. Les différentes réalisations, tels les premiers rendez-vous européens de l’éthique alimentaire qui se sont tenus en octobre dernier à Strasbourg, préfigurent un projet de très grande envergure.


Propos recueillis par Jean Michel Truchelut.









A lire dans la même rubrique...
1 2 3 4 5 » ... 54

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires

Nos partenaires